Ménélé

De Entre plaine et volcans
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Légende de St MENELÉE

Ménélée, en latin Méneleus ou Menclaus, naquit à Précigné, dans l’Anjou, d’une famille riche, noble et alliée, dit-on, à la race des Mérovingiens. Dés l’âge le plus tendre, il montra les plus heureuses dispositions. Un amour extraordinaire pour l’angélique vertu de chasteté prévint en lui l’usage de la raison. Aussi en fit-il le vœu dés sa septième année, et la pratiqua-t-il toute sa vie avec une fidélité inviolable ; il y joignit une piétée solide. Encore enfant, il se dérobait souvent de la maison paternelle pour aller dans les églises du voisinage répandre ses prières et son cœur aux pieds des saints autels : habitude qui lui attira plus d’une fois des reproches et même des punitions de la part de ses parents, alarmés de ses absences réitérés.

Ceux-ci craignaient, en effet, que leur fils, leur cher fils, s’adonnant avec trop de ferveur aux choses spirituelles, ne se résolut à les quitter pour s’y livrer ensuite avec plus d’ardeur et de liberté. Aussi, quoiqu’ils fussent d’assez bons chrétiens selon le monde, cherchaient-ils toutes sortes de moyens à détruire dans leur enfant ce goût passionné, qu’il décelait pour la solitude et la prière.

Il avait l’âge requis par les lois de l’église qui étaient aussi celles de l’états ; sa figure était agréable, sa taille haute et bien prise, son esprit solide et brillant ; et il excellait, en outre, dans les exercices corporels usités en cette époque parmi les fils des grandes familles. Il pouvait prétendre au parti le plus avantageux. On lui proposa donc d’accepter la main de la jeune fille d’un grand seigneur, nommé Barontius, ami de son père, et qui depuis longtemps souhaitait cette alliance. Ils l’obligeaient donc à recevoir des mains de son futur beau-père un anneau de prix, comme gage de son prochain mariage avec sa fille, appelée Sensa, qui d’ailleurs était une jeune personne enrichie des plus beaux dons de la nature et la grâce. Un matin l’on cherche vraiment Ménélée dans le château de son père ; il l’avait quitté secrètement pendant la nuit, et suivi de deux compagnons de voyage, Savinien et Constance, qui étaient animés du même esprit que lui, il s’était dirigé du côté de l’Auvergne.

Leur joie redouble bientôt à la vue de grandes ruines qu’avaient cachées jusqu’ici à leur premier regard une large et riche ceinture d’arbres fruitiers, mêlés de jeunes chênes et de vieux hêtres, qui les environnait de toutes parts ; et d’après la configuration de ces ruines, ils reconnaissent l’église et l’enceinte d’un monastère, la vallée était celle de Vavert, et les décombres formaient les restes de l’abbaye de Menat, que nous avons vue saccagée par une horde de barbares.

En se rapprochant davantage, ils aperçoivent quelques religieux qui prenaient leur repas, sous un tilleul, tout auprès de ces murs à demi ruinés, et ils bénissent la divine providence de cette rencontre, qui d’abord pouvait leur procurer des vivres et puis des renseignements sur ce lieu vraiment enchanteur, mais inhabité. Ils crurent dés le principe que c’étaient des religieux appartenant à l’abbaye détruite, c’étaient quelques religieux qui voyageait pour affaire, dont Théofrède procureur du monastère de Camery ; au centre des montagnes du Velay. Théofrède présenta Ménélée, Savinien et Constance à son vénérable supérieur l’abbé Eudes, qui les accepta dans sa communauté naissante, les 3 nouveaux religieux firent pendant 7 année l’édification de cette pieuse maison.

Cependant une pensée le poursuivait sans cesse ; il se croyait appelé de dieu dans cette vallée profonde, ou il avait rencontré Théofrède ; il lui semblait souvent entendre une voix d’en haut qui lui ordonnait d’aller y établir sa demeure. Savinien et Constance, n’ayant voulu se séparer de leur ami, reprirent avec lui le chemin de l’Auvergne. Les voilà donc revenus dans la vallée de Vaver, leur premier soin fut de se construire des cellules pour se mettre à l’abri des intempéries de l’air ; ils conviennent ensuite qu’ils emploieront le travail de leurs mains à relever les ruines de la vielle abbaye.

Source : Abbé Rougeyron « Histoire et légendes de l’abbaye de Menat (1870) »