La Limagne (Coopérative)

De Entre plaine et volcans
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Trouvé dans la correspondance de Maurice Juncker

Semble faire référence à une coopérative existant à Riom entre 1914 et 1918

Projet de création, en 1916, dans le cadre de la coopérative La Limagne d'une coopérative d'apiculteurs visant à réinsérer des mutilés de la Grande Guerre.

Première lettre adressée à Emile Juncker

Le 8 septembre 1916

Secteur Postal 78

Mon cher papa, ma santé se rétablit tout doucement. Hier j’ai pu travailler à mon courrier tout l’après-midi, sans fatigue excessive. J’ai écrit comme tu me l’avais demandé à Labonne. Lorsque j’aurai une réponse de lui, je te dirai à quel parti nous nous sommes arrêtés. J’ai vu par la dernière lettre que tu m’as envoyé que sans être pleinement d’accord, nous pouvons nous entendre. Ton attention est maintenant éveillée. Il suffira pour que tu sois pleinement convaincu de ne pas accepter les opinions toutes faites, telles qu’elles te sont présentées, mais de voir les faits avec sang froid, de les rapprocher, de faire œuvre critique. qu’il y aurait utilité à reprendre les réunions régulières entre toi, Geinont (?), Verdier, le père Leloutre (?), quelques autres amis s’il en est. Le reste pour reprendre une expression que tu aimes « fara da se »(?). Ceci étant réglé, je veux t’entretenir d’une idée qui m’est venue et qui pourrait être fort utile à notre Limagne. Veux tu en causer à Boeuf et l’étudier attentivement. Je ne puis le faire ici, n’ayant pas les éléments.

Un peu partout on se préoccupe de l’avenir réservé aux mutilés de la Guerre. N’y aurait-il pas moyen d’organiser à Riom, à leur intention, un établissement d’apiculture ? Cela demande des soins mais le travail, je crois, n’est pas pénible et le rapport est appréciable. Il y a dans la région des ruchers. Cette entreprise n’est donc pas chimérique. Monsieur Lavoine (?), s’il n’est pas mobilisé, pourrait être d’un concours fort précieux. Tu ne saisis pas au premier abord en quoi La Limagne pourrait profiter de cette initiative. C’est que s’il était possible, je voudrais que cet établissement fut pris par le « magasin de gros » comme il a pris d’autres établissement de production. Lorsque vous auriez fait une étude sérieuse, je dis sérieuse, de la question vous pourriez les communiquer à nos amis de là-bas. Vous verriez alors arriver à Riom une colonie de camarades blessés de diverses régions mais ayant tous des sentiments et une éducation coopérative. Tu dois sentir maintenant tout l’intérêt que présente la question. Si le magasin de gros ne pouvait se charger, pour des raisons financières de cette entreprise, il n’y aurait pas à abandonner l’idée. Peut-être pourrait-on de lui qu’il assure le débouché des produits. Voici les points à mettre à l’étude dès maintenant avec Monsieur Lavoine. :

1° L’apiculture rencontrerais-t-elle des conditions de développement favorables dans la Région de Riom ?

2° Quelle pourrait être l’importance des débouchés ?

3° Que coûterait l’installation d’un établissement modèle appelé à faire face dans un avenir plus ou moins rapproché aux besoins ? 4° Quelle population pourrait-il utiliser ?

5° Si le magasin de gros ne pouvait s’intéresser financièrement à la question, comment réunir les fonds nécessaires à la constitution d’une société coopérative de production des mutilés de la guerre ?

Il y a là une série d’études du plus vif intérêt et du plus haut avenir. Je serais heureux que tu voulusses bien t’y attacher et me tenir au courant aussi exactement que possible.

Bien affectueusement

Maurice

PS : J’attends les prochaines nouvelles de tes conversations à ce sujet avec Boeuf et Lavoine. A ta disposition pour intervenir auprès du magasin de gros si vous le pensez bon.

Seconde lettre adressée à Emile Juncker

Le 10 septembre 1916 Secteur postal 78

C’est encore à toi, mon cher papa, que j’écris. Je veux te préciser un peu les idées de ma dernière lettre. Mais avant tu me laisseras te donner des nouvelles de ma santé. Elles intéressent, je le sais, beaucoup plus à la maison que le reste de mon billet. Hier je me suis couché de bon heure fatigué et un peu fiévreux – 37°. La nuit agitée au début fut calme par la suite. Le thermomètre était descendu ce matin à 36°2 ce qui est une température à peu près normale. Ma mine au surplus ne vous donnerait aucune inquiétude.

Ceci dit revenons à nos moutons ou plus précisément à nos abeilles. Il ne s’agit pas dans mon esprit d’installer une vaste caserne dont le prix d’installation serait disproportionné par rapport au bénéfice. Lorsque je t’ai parlé d’un établissement modèle, j’entendais par là un immeuble aménagé pour recevoir les locaux administratifs, une bibliothèque spécialisée, un petit laboratoire, un atelier pour la production et la réparation des ruches, un magasin pour la mise en pots commerciaux des produits.

Pour le surplus, chacun des mutilés que l’exploitation intéresserait, chercherait dans le pays environnant, la place de son goût, s’y aménagerait à sa convenance et ferait de l’exploitation du rucher, selon son goût et son intérêt le principal ou l’accessoire de son profit. L’association a créé qu’elle dépendent plus ou moins du mouvement coopératif organisé, serait comparable à celle des fruitiers du Jura. Rien du reste ne paraît s’opposer à ce qu’elle soit ouverte aux quelques producteurs de miel existant actuellement.

Ainsi défini le problème financier ne me paraît pas insoluble, même si l’organisation centrale ne veut ou ne peut le solutionner. Les charges se résument à ceci :

1° installation de l’établissement central

2° installation des ruchers chez les adhérents qui en sont comptables

3° frais de gérance

4° avances qui seront peut-être à faire à certains adhérents sur les produits de leurs premières cueillettes.

L’emprunt et les souscriptions peuvent servir de base. Le système d’action peut jouer. Mais dans ce cas, il faut éviter, tu l’entends bien, toute spéculation. Les actions devront être nettement nominatives, incessibles sauf assentiments des co-associés et le placement doit s’en faire dans les milieux coopératifs, auprès des coopératives existantes. L’intérêt de l’action doit être limité, le surplus allant statutairement soit au fond de développement, soit au travail.

Si comme je le crois, grâce à l’activisme que tu déploieras avec Boeuf et quelques autres camarades , vous arrivez à mettre cette affaire debout, je compte bien que vous n’oublierez pas de chercher à assurer une situation à un de nos bons ouvriers, notre brave Isnal que nous ne devons pas abandonner à sa situation précaire au lendemain de la tourmente.

Tiens moi exactement de ce que que tu feras pour cette affaire. Elle me paraît d’un intérêt capital.

1° Pour La Limagne à laquelle elle pourra donner de bons sociétaires et des administrateurs expérimentés.

2° pour les mutilés auxquels elle peut assurer une existence convenable

3° pour la région qu’elle dotera d’une industrie agricole fort appréciable, tout à fait dans son caractère. Elle amènera des éléments neufs qui non seulement contribueront à la richesse générale mais encore auront une influence heureuse sur l’esprit public.

Bien affectueusement à tous

Maurice Juncker

Troisième lettre adressée à Emile Juncker

5 octobre 1916 Secteur postal 78

Rien de bien sensationnel, mon cher papa. Je continue à me fatiguer, mais malgré tout, je défend ma santé. En ce qui concerne mon esprit, il n’est guère fameux et je sens chaque jour partir un peu d’activité. J’espère qu’il m’en restera assez lorsque viendra l’heure des œuvres de la paix, pour reprendre ma place. Mais qui sait, si les choses s’allongent presqu’à l’infini comme je le crains.

A propos d’œuvre de paix, j’attends avec impatience des nouvelles relatives à l’établissement d’apiculture dont je t’avais entretenu. Il faut pousser cela avec une extrême rigueur. J’avais du dire que cette exploitation était une source de richesse. Je me renseigne et je me persuade de plus en plus que nous pourrions rendre service à la région. L’installation d’une ruche par le commerce revient à trente ou trente cinq francs. Lorsqu’elle est fabriquée par l’apiculteur lui-même le prix peut en descendre à vingt ou vingt cinq francs et l’exploitation de la première année couvre déjà les frais.

Les conditions seraient parfaitement favorables à Riom. Il est bon que la flore soit variée. Or un apiculteur avec lequel je suis, m’assure flore fruitière, flore des prairies et flore de montagne assure un rendement excellent. Il serait bon de commencer l’expérience vers le mois de mars.

Il conviens tu le vois de ne pas perdre de temps, si nous devons

1° de mettre au point légalement, c’est à dire constituer une société et recruter des capitaux,

2° mettre au point pratiquement, c’est à dire installer des ruches et trouver des essaims. Il sera bon aussi d’avoir un homme avec quel qu’expérience. Dans une lettre prochaine, je t’indiquerai où tu pourras trouver un bon traité, où tu pourras des catalogues et également je te donnerai des renseignements sur une bonne revue spéciale. As tu déjà terminé ton rapport préliminaire. En as tu parlé à Boeuf. Avez vous formé une société d’études.

J’insiste beaucoup. Il y a moyen de faire là une belle œuvre d’assistance pour les mutilés. Il y a moyen de donner un peu d’activité agricole, commerciale, et bientôt peut-être industrielle à la région. Il ne sert de rien de se lamenter sur son délabrement et son état d’esprit. Du travail, de l’action sont bien plus féconds. Remuez vous. Dans ta dernière lettre, tu me dis que tu tiens à être circonspect sur le personnel. J’en serais d’accord si tu entends pas là que certains pourraient, dans des buts peu honorables, mettre des bâtons dans les roues. Mais je ne partage pas ton avis si tu crois qu’il faut faire de cette entreprise une œuvre de propagande de parti au sens étroit du mot. Les services qu’il rend à la société constituent pour moi les meilleurs moyens de propagande d’un parti.

Bien affectueusement à tous

Maurice

Elle semble avoir quelques problèmes en 1918

Première lettre

La lettre est adressée à Emile Juncker

Tarascon (?) le 10 mai 1918

Mon cher camarade

A ma fin de tournée, je trouve votre lettre du 3 mai dans le Gard, chez mes parents. Je vous sais très grès de ce que vous pourriez faire pour les petits parisiens, M. Juncker et vous, mais je pense que la besogne la plus urgente consiste surtout dans le relèvement de la Limagne. Or, celle ci, je vous l’ai prédit depuis longtemps a péri et devrait périr, par suite de la faiblesse que vous avez eu de laisser s’instituer le crédit chez elle.

Vous ne trouverez pas un seul membre de la Commission de crédit qui accord (illisible) un sous pour une coopérative mourant dans de semblables conditions et, j’ajoute, ce serait fâcheux ; car cet argent rejoindrait le gouffre ancien sans rien changer. Si vous voulez faire œuvre utile, il faut que quelques camarades dévoués veuillent remettre la société à flot. Qu’ils ne demandent rien aux sociétaires de Limagne, (illisible) ce n’est des avances de fonds qui seront d’ailleurs bonifiées de 4 à 5 %.

Exemple : un sociétaire ou un client apporte apporte à la société 95 francs d’argent ou de billet. S’il est sociétaire on lui remet 100 francs de tickets ou de jetons échangeables contre les marchandises en magasin.

S’il est client, on lui remet 95 francs de tickets ou de jetons et on lui porte sur son livret de sociétaire 5 francs. Il deviendra ainsi automatiquement sociétaire. Et si quelques dévoués le veulent, la société reprendra son essor et payera ses dettes. Si vous vouliez essayer cela et prouver que la population de Riom ne se désintéresse pas de la coopération ; si vous donniez des preuves que l’on peut compter un peu sur la population riomoise, en adoptant cette méthode d’avance de l’acheteur à sa coopérative, je prends l’engagement de travailler à ce que votre coopérative soit reprise par une organisation plus puissante. Sinon, je ne ferais rien et je le regretterai.

Bien à tous

Signature : illisible à relire

Seconde lettre

Adressée par Maurice Juncker à son père Emile Juncker

Le 16 mai 1918

Mon cher papa

J’écrirai d’autre part au cousin Rigault. Son affaire ne me paraît pas très claire.

En ce qui concerne la Limagne, il me paraît qu’on parle beaucoup, qu’on agit guère et qu’on s’embourbe de plus en plus. Si on ne veux pas être sérieux et actif, il n’y a qu’à déposer le bilan. A cet effet, voir Guitard qui ne demande sans doute pas mieux que de donner que de donner ce dernier soin à une belle illusion qui s’en va. Les réclamations de Verdier et de Madame Lenormand posent d’ailleurs cette question avec insistance.

Si vous voulez faire un dernier effort, vous devez vous fixer un terme : un mois si vous voulez. Vous pouvez tenter la combinaison Dan(u)dé Ban(n)cel (voir signature lettre précédente) Mais il n’y a pas à tergiverser pendant trois ans. Le soir même de la réception de cette lettre, le Conseil d’Administration peut être réuni. A chacun des membres (illisible) est donnée de voir un certain nombre de camarades. Quatre ou cinq jours après, on collationne les résultats et on prend une décision que l’on applique avec opiniâtreté.

Je reste à votre disposition pour tenter auprès de Saint-Etienne par l’intermédiaire de Lafont ce que nous avons essayé vainement auprès de Limoges. Cette tentative de ma part ne peut avoir lieu que si vous essayez vous même de vous sauver. J’attends sous peu de jour une réponse claire, nette, précise, sans jérémiades sur la dureté des temps et sur ce qui aurait pu arriver si…..

Réunissez donc d’urgence le Conseil d’Administration et insistez pour avoir autour de vous des hommes dont la présence me paraît indispensable parce qu’ils sont capables de sang froid et de raisonnement. Il faut que Guillaumont (?) soit présent ainsi que Guittard comme conseil. Voici un avis très net.

Je considérerai la mort de la Limagne pour l’idée coopérative dans la région mais cela vaut mieux que la continuation d’une situation qui en se perpétuant causerait un véritable crack.

Bien affectueusement à toi et cordialement aux amis.

Troisième lettre

Adressée de Maurice Juncker à son père Emile Juncker

Le 17 mai 1918

Mon cher papa,

Je te confirme ma lettre d’hier. J’aurais un gros regret, une profonde déception de voir tomber La Limagne. Tout doit être tenté pour la sauver. Mais on a assez tergiversé. Il faut une décision dans un sens ou dans un autre. Si aucune combinaison n’est possible mieux vaut sauter de suite. Que de laisser grossir le passif.

Je vais aujourd’hui même écrire à Lafont puisqu’aussi bien vous êtes en pourparler avec le centre de Saint-Etienne.

Je le supplierai de tâcher de nous accorder une conférence et d’intervenir auprès des coopératives de la région. Je vais d’autre part envoyer un mot à Daudé Baucel. Cela ne doit pas vous empêcher de voir si vous pouvez trouver à faire de l’auto-crédit dans la forme indiquée par ce dernier. Rien n’empêche en effet, comme tu le dis, de procéder par coupures de 25 francs. D’autre part les pourparlers peuvent et doivent être poursuivis avec Volvic ; mais étant donné la situation de La Limagne, je ne sais pas s’il n’y aurait pas lieu de créer une société indépendante quitte à celle-ci à déléguer l’administration à la Limagne et à lui céder pour cela un %. Je ne sais pas trop s’il y a là une possibilité légale. La question est à voir.

Je n’ai rien de ce qu’il faut pour l’étudier ici mais tu pourrais demander un avis à la fédération des coopératives. Mon confrère et ami, Ramadier (il est probable qu’il s’agit de Paul Ramadier (Défenseur des coopératives), il est militant socialiste dès 1904 et député socialiste de l'Aveyron de 1928 à 1940, de 1945 à 1951 et de 1956 à 1958. Il est maire de Decazeville de 1919 à 1959.) , ne demandera pas mieux que de voir cette question d’urgence.

Recommandez vous de moi.

Affectueusement

Maurice