Etienne Clémentel

De Entre plaine et volcans
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Etienne Clémentel par George Grantham Bain Collection

Étienne Clémentel dans Wikipedia

Étienne Clémentel, né le 29 mars 1864 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et mort le 25 décembre 1936 à Prompsat (Puy-de-Dôme), est un homme politique français de la Troisième République, plusieurs fois ministre. Il est considéré comme l'un des pères de la technocratie et de l'intervention de l'État dans l'économie en France, ayant regroupé sous son autorité, de 1915 à 1919, la plupart des ministères traitant des questions économiques. Acteur efficace de l’économie sociale, il est à l’origine de grandes initiatives associatives et coopératives dont la loi Clémentel - votée le 13 mars 1917 sur l’organisation du crédit au commerce et à l’industrie - qui donnera officiellement naissance aux Banques Populaires en les dotant d’un statut de sociétés coopératives et créera par la même occasion les Sociétés de Caution Mutuelle. En imposant une vision économique audacieuse, fondée sur la coopération et la solidarité, cette loi a permis aux artisans, commerçants et petits industriels d’accéder au crédit bancaire. On lui doit également la création des régions en France (1919) et de la première tentative de planification économique (le plan Clémentel en 1919). Partisan de l'organisation professionnelle, il est notamment l'un des initiateurs de la fondation de la CGPF (syndicat patronal ancêtre du Medef), de l'organisation de l'artisanat, de la structure nationale du Crédit agricole, ou encore de la Chambre de commerce internationale dont il sera le premier président (1920). Sa démarche intellectuelle et son action s’inscrivent dans la doctrine solidariste.

Biographie

Né en 1864 dans une famille de meuniers et de minotiers aux portes de Clermont-Ferrand, Étienne Clémentel est très tôt orphelin de père. Il est élevé par sa mère dans un faubourg de Riom. Après des études chez les maristes, il obtient des licences de droit et de lettres. Poussé par la nécessité, il entreprend une carrière de surnuméraire (employé non titulaire) dans l'enregistrement, puis achète une charge de Notaire public à Riom. Il se lance dans la carrière politique après le décès de sa première épouse. D'abord élu au Conseil municipal de Riom, il accède, en septembre 1900, lors d'une élection partielle, au poste de député à « Riom-plaine », siège qu'il conserve jusqu'en 1919. Il devient maire de Riom en 1904 ; il reste à la tête de sa ville jusqu'à sa mort, en 1936.

En 1906 il est administrateur des établissements Raymond Bergougnan à Paris (R. Bergougnan fut le subrogé tuteur de ses enfants après le décès de la première épouse de Clémentel). La présence de Clémentel à ce conseil d'administration (tout comme à celui d'autres sociétés Grands Magasins du Louvre, Le Petit Journal, Darracq et la Société des caoutchoucs de l’Indochine) alimente une polémique avant comme après guerre (Annie Moulin, Guerre et industrie. Clermont-Ferrand 1912-1922 : la Victoire du pneu, vol. 1, Clermont-Ferrand, Institut d’Études du Massif Central, 1997).

Il est aussi sénateur du Puy-de-Dôme de 1920 à 1935. Élu conseiller général en 1910, il est président de l'Assemblée départementale de 1911 à 1935.

Au parlement, il se voit confier précocement des fonctions importantes. Vice-président de la Chambre des députés de 1909 à 1914, il est rapporteur du Budget général de la France en 1914. À l'automne de la même année, il accède à la présidence de la commission du Budget dont on a pu dire qu'elle était plus importante qu'un ministère.

Étienne Clémentel appartient à des cabinets qui ont à prendre des décisions cruciales dans la France d'avant-guerre. Ses premières fonctions sont celles de Ministre des Colonies dans le gouvernement Maurice Rouvier (janvier 1905 - mars 1906) qui doit régler le problème de la Séparation des Églises et de l'État en 1905. En 1913, il participe, comme ministre de l'Agriculture, au cabinet Louis Barthou, qui lance le processus de vote de la loi militaire des trois ans (après avoir été d'une période de deux ans depuis 1905, le service militaire repasse à une durée de trois ans à partir de 1913). Enfin, pendant 3 jours, du 9 au 13 juin 1914, en pleine crise politique, il est Ministère de l'Économie et des Finances dans l'éphémère ministère Alexandre Ribot.

En 1900 il est l'auteur d'un ouvrage, resté inédit, de théorie économique (ce manuscrit fut longtemps considéré avoir été écrit dans les années 1930).

En 1914, les socialistes du Puy-de-Dôme présentent Maurice Juncker comme candidat contre le député radical sortant à Riom, Étienne Clémentel. Les groupes socialistes de cette circonscription de Riom ont décidé de présenter un candidat car les faiblesses ou les trahisons de certains républicains ont “gravement compromis les intérêts des travailleurs”. Les groupes disent qu’ils auraient sinon désiré n’entrer en bataille qu’après avoir perfectionné leur organisation. Maurice Juncker est donc présenté. Il est avocat à la Cour d’appel et on considère qu’il est inutile de rappeler le passé bien connu qui milite depuis plus de quinze ans dans la région. Il est installé à la fois à Mozac mais aussi 105 rue Manin à Paris. Il mène une campagne active sur le terrain, critiquant fortement le capitalisme, multipliant les réunions sur un territoire où les socialistes n’étaient jusque là pas implantés, la plaine de la Limagne autour de Riom, celle des céréaliers. Il réunit par exemple 300 personnes à Volvic, là où existe des carrières. On espère qu’il mette Clémentel en ballotage. Le Groupe socialiste des originaires du Puy-de-Dôme déclare qu’à “ Riom, Juncker mène le bon combat avec un courage et un désintéressement que nous admirons”. Juncker n’hésite pas par exemple à assister au principal meeting de Clémentel, dans sa ville de Riom, la veille du scrutin. Il demande à prendre la parole mais celle-ci lui est refusée par la présidence de salle mais aussi l’ensemble de l’auditoire acquis à Clémentel (reprendre 25 avril au 10 avril 1914). On constate néanmoins que les 4 articles signés Juncker chaque semaine précédant le scrutin (“J’ai trouvé”, “Vilains masques”, ‘L’inattendu”, “Tout s’explique”) sont strictement cantonnés à une critique des radicaux au niveau national, notamment Barthou, et dans un langage très nuancé, rendant son discours sans doute peu intelligibles pour une partie de l’électorat. C’est sans doute la manifestation d’une volonté d’adapter son discours à un électorat jusque là réfractaire au socialisme. Il ne recueille que 1549 voix contre 12159 à Clémentel qui est réélu. Il regrettera à l’issue de cette campagne le faible écho de sa campagne dans la presse, ne pouvant s‘appuyer que sur l’hebdomadaire d’Alexandre Varenne,l’Ami du Peuple, faiblement implanté dans les campagnes. D’ailleurs, Juncker, comme Albert Paulin, sont remerciés par la Commission administrative du parti socialiste du Puy-de-Dôme pour avoir lutté pour le socialisme dans deux circonscriptions particulièrement difficiles, sans espoir d’un succès immédiat. |}

Une âme d'artiste

Ses goûts passionnés pour la peinture, la littérature, la poésie et la musique font de lui un homme politique atypique. Depuis son passage à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Clermont-Ferrand dans sa jeunesse, il reste fasciné par l'art et les artistes. Il fréquente les « mardis » de Stéphane Mallarmé, puis nombre de salons parisiens. Désigné par Rodin comme un de ses trois exécuteurs testamentaires, il contribue à la création du Musée Rodin en 1916 à Paris. Peintre à ses heures, il agrémente ses notes de portraits des hommes politiques qu'il côtoie. Il est également auteur de pièces de théâtre. Il s'avère aussi habile photographe, utilisant cette technique à des fins artistiques. L'idéal humaniste et sa croyance religieuse resteront toujours les moteurs de son action.

Une passion pour sa région et Riom

Bien que né à Clermont-Ferrand, son passé personnel le rattache profondément à la région riomoise où il passe son enfance et sa prime jeunesse. Il fréquente la société de gymnastique « La Riomoise » et se forge nombre d'amitiés durables et utiles. Il vit entre Riom et Combronde où il dispose d'une résidence familiale. En 1919, il s'installe dans le village de Prompsat. Poussé par son maître Emmanuel des Essarts, il a rédigé en 1898 les textes de deux conférences sur L'âme celtique et sur Michelet. Président du conseil général du Puy-de-Dôme de 1911 à 1935, il apparaît comme l'un des maîtres de la vie politique locale aux côtés du docteur Eugène Chassaing, d'Alexandre Varenne ou de Philippe Marcombes. Affaibli et éloigné des affaires politiques depuis son attaque de 1930, il ne peut empêcher l'ascension de Pierre Laval, qui cherche à gagner les radicaux à une alliance avec les modérés. Après avoir obtenu le maintien de la stratégie traditionnelle d'alliance à gauche avec les socialistes lors de l'assemblée générale de la Fédération républicaine, radicale et radicale-socialiste du Puy-de-Dôme en 1932, la volonté d'implantation de Laval cause son ultime échec aux sénatoriales en 1935.

Son action la plus durable se manifeste à Riom. Entré dans la municipalité dès 1892, devenu adjoint en 1896, il préside le conseil municipal de 1904 à sa mort. Attentif à l'activité économique, il concourt à la création d'une nouvelle bibliothèque, d'abattoirs modernes, au réaménagement d'une nouvelle gare, à l'installation du parc Dumoulin et de la salle des fêtes. Certains quartiers sont réhabilités. Il se penche sur les problèmes d'approvisionnement en eau de la cité. En 1926, il vend, au profit de l'hôpital de Riom, ses tableaux et dessins dans la grande galerie Berheim, ce qui rapporte Modèle:Unité à l'institution riomoise.

Mais son apport le plus présent reste l'embellissement de la cité. Il est responsable du transfert à Riom de la fontaine Desaix, inaugurée en 1906. Régulièrement, il agrémente sa ville de statues nouvelles comme La Marseillaise ou Le chef gaulois mourant. À la fin de son mandat, il fait déplacer, pour la protéger, la Vierge à l'Oiseau du Marthuret (1932). Après avoir fait classer l'hôtel de ville en 1908, il le fait restaurer en 1920, n'hésitant pas à participer avec ses propres peintures à la décoration des salles, ainsi que la salle Dumoulin. Après la Grande Guerre, il fait ériger l'arc de triomphe dédié aux victimes du conflit et installe une sculpture de Rodin, Gallia Victrix, dans la cour de l'hôtel de ville. C'est précisément là que l'on retrouve le buste d'Étienne Clémentel, dernière œuvre de Rodin.

Il est enterré au cimetière de Riom.