31 Décembre 1911

De Entre plaine et volcans
Révision de 29 novembre 2021 à 19:17 par Virlojunk (discussion | contributions) (Clermont)

Aller à : navigation, rechercher
Ceci est une ébauche d'article. Vous avez la possibilité de l'enrichir.
Contextualiser l'information : L'Ami du Peuple du 31 Décembre 1911 sur Overnia
Table de conversion : 1 franc 1911 vaut environ 319,32 €
ATTENTION: Des coquilles, des fautes d'orthographe, parfois des portions de texte aberrantes peuvent apparaître dans ces pages. La source peut en avoir plusieurs causes : 1°- Les fautes et coquilles propres au journal La Montagne. 2°- La qualité des scans qui servent de source. 3°- Au méfaits parfois bizarres du logiciel de reconnaissance vocale utilisé : Dragon Naturally Speaking (Précision libre de toute publicité). 4°- Aux propres fautes de frappe ou d'orthographe des rédacteurs. – La logique coopérative d'un wiki autorisant tout lecteur à modifier le contenu des pages (pour les enrichir, corriger les erreurs…), rien ne lui interdit d'effectuer les corrections qu'il juge utile. 

Sommaire

National

Informations Politiques et Parlementaires – Mouvement Social – Nouvelles de l'Extérieur – Tribunaux et faits divers

Jeudi 21 décembre

Les officiers de la Liberté

Le conseil de guerre de Toulon a prononcé aujourd'hui son jugement dans l'affaire de la catastrophe de la Liberté.

Le Liberté

Les 4 aux officiers prévenus, parmi lesquels le commandant Jaurès ont été acquittés.

Un garçon de recettes assassiné

Un garçon de banque, nommé Caby, a été assassiné en plein jour, à Paris. Une automobile à remporter les bandits.

Vols dans les églises

Le parquet de Morlaix s'est rendu à Locquenolle, où le tabernacle de l'église a été fracturé ; un ciboire d'une valeur de 150 Fr. a été enlevée. À Sizun, des malfaiteurs ont également pénétré dans l'église. Les tiroirs de la sacristie ont été ouverts.

Guerre Italo-Turque

À Djerno, un bataillon d'alpins avec des mitrailleuses se trouvait sur un plateau pour protéger lorsqu'il fut attaqué par une vive fusillade. Les troupes italiennes ont eu 3 morts et 21 blessés. Les pertes turques doivent être du double.

La terre tremble à Breslau

On a enregistré un fort tremblement de terre qui a duré 1h30

Vendredi 22 décembre

La tombe de Lantelme profanée
Geneviève Lantelme

Dans le but de s'emparer des bijoux qu'ils pensaient être dans la tombe de Mademoiselle Lantelme, d'audacieux malfaiteurs ont pénétré dans le cimetière et ouvert le cercueil de la pauvre artiste.

L'assassinat du garçon de recettes

L'automobile des bandits qui ont attaqué le garçon de recettes Caby a été retrouvé, abandonnée, sur la plage de Dieppe.

La guerre Italo-Turque

Les Turcs et les Arabes ont attaqué la ville de Zanzoux et les Italiens ont dû évacuer cette localité. Ils auraient perdu 40 morts dont 3 officiers et aurait eu plus de 300 blessés. Les Turcs et les Arabes auraient eu 9 morts et 40 blessés.

Le conflit Russo-persan

On annonce que la perse a accepté verbalement les demandes de la Russie.

Le mouvement ouvrier anglais

La Fédération des mineurs de Grande-Bretagne a mis aux voix la grève nationale pour faire admettre le principe de minimum de salaire pour tous les travailleurs du tréfonds.

Samedi 23 décembre

Déraillement dans le Nord

A la suite d'une fausse manœuvre, un wagon de marchandises a déraillé vers 2 heures, hangar de Frethun (Pas-de-Calais).

Le Congrès des Jeunesses polonaises

Aujourd'hui, à 2 heures, à Paris, s'ouvrira, le 11e congrès des Jeunesses progressives polonaises à l'étranger. Ce congrès durera 5 jours.

Spéculateurs affameurs

Le syndicat des représentants des farines et des patrons boulangers de Perpignan s'étant concertés pour élever le prix du pain, des particules et certains maires ont porté plainte auprès des différents parquets. Le parquet de Perpignan centralise les plaintes et a ouvert une instruction judiciaire.

Une mine inondée

À Wizon, une mine a été inondée pendant que 200 mineurs travaillaient dans le tréfonds. Ils ont cependant été sauvés, à l'exception d'une douzaine qui manquent encore.

La révolution chinoise

Le gouvernement craint que la conférence de paix n'aboutisse pas. Les révolutionnaires se préparent à marcher vers le Nord, dans la direction de Pou-Kéou.

Dimanche 24 décembre

Mort du citoyen Sandras

On annonce la mort du citoyen Henri Sandras, maire socialiste de Caudry.

Une grève d'avocats à Oran

À la suite d'incidents qui eurent lieu lors du procès Sabatier, les avocats de cette ville viennent de décider de ne plus plaider jusqu'à nouvel ordre devant la juridiction militaire.

Les instituteurs du Rhône

Les instituteurs du Rhône, réunie à Lyon, ont tenu une importante réunion pour protester contre la peine de censure infligée au citoyen Léger, secrétaire du syndicat des instituteurs de ce département.

Les Espagnols au Maroc

On signale que 4 autres soldats espagnols ont été blessés et que 8 ont été tués au cours du combat du 22 décembre.

La guerre italo-turque

Dans la nuit du 22 au 23 décembre, les Turcs mettant à profit l'obscurité, ont attaqué le blockhaus italien, mais ils ont été repoussés avec perte, 5 Italiens blessés.

D'autre part, on annonce que le gouvernement turc a ordonné la fermeture des banques italiennes à Constantinople.

Une grève des terrassiers au Mans

À la suite du renvoi de 3 terrassiers occupés à la réfection des voies de l'Ouest-État, sur la ligne du Mans à Angers, 130 ouvriers se sont mis en grève.

Lundi 25 décembre

Le conflit russo-persan

La nouvelle nous parvient de Téhéran que le régent, d'accord avec le cabinet, a décidé de dissoudre un parlement coupable d'opposer son irréductible et fière résistance à la menace de la Russie.

À Tauris, les Russes ont massacré 500 persans dont un grand nombre de femmes et d'enfants.

Une ville menacée par la mer

La petite ville de Sainte-Marie de la mer, en Camargue, et dans une situation critique et sur le point d'être envahi par la mer.

La digue qui la défendait est maintenant dépassée par les flots qui avancent vers la ville par une marche régulière de 9 m par an.

Un tramway tamponne un omnibus

Un omnibus de la ligne Louvre-Saint-Fargeau a été tamponné hier soir, dans l'avenue Parmentier, par un tramway de la ligne Opéra–Les Lilas. 8 voyageurs ont été contusionnés.

Mort de Monsieur Mariéton

On annonce de Nice, la mort de Monsieur Paul Mariéton, un félibre notoire qui a publié une série de récits de voyages, d'études critiques, de volumes en vers qui ne sont pas sans mérite. Il était né à Lyon en 1862.

Paul Marieton
Barbarie musulmane

On signale l'assassinat de 6 musulmans dont une femme près de Salonique. Les cadavres étaient horriblement mutilés. On suppose qu'il s'agit de représailles contre les fauteurs des événements d'Ichtip.

Mardi 28 décembre

Les exploits d'un policier

Aujourd'hui a comparu devant les assises de la Seine, l'ancien policier Warzé et un de ses complices nommé Jacquin. Ces 2 personnages se livraient. Les débats ont révélé que l'ancien inspecteur Warzé était non seulement un voleur mais aussi un souteneur.

Le Bris devant le conseil de guerre

Le soldat Le Bris, ouvrier à l'arsenal de Brest, qui avait refusé de rejoindre son corps au moment de son incorporation, a comparu aujourd'hui devant le conseil de guerre de Nantes. Il a été condamné à un an de prison.

Les victimes de la tempête

3 nouveaux cadavres ont été découverts à Saint-Gildas, un autre a été découvert à l'Ile aux Moines, un cinquième à Sarzeau.

Tombeau royal profané

La tombe du père du roi de Serbie, au cimetière de Saint-Marx, à Vienne, a été profané. La tête du prince a disparu.

L'assassinat du garçon de recettes

Les bandits auteur de l'assassinat du garçon de recettes n'ont pu être découverts.

La révolution chinoise

On annonce que le délégué impérial à la conférence de Shanghai a opposé un refus catégorique à la proclamation de la République. Il se déclare partisan d'une monarchie constitutionnelle.

Mercredi 28 décembre

Le scandale de Montmartre devant la correctionnelle

Monsieur Flachon et sa maîtresse ainsi que 19 autres prévenus ont comparu devant la 8e chambre, assisté de leurs avocats, Mes Varenne et Henri Robert.

Au nom de son client, Me Varenne a demandé que les débats soient publics. Les autres défenseurs ont également déposé des conclusions dans le même sens. Sur la réquisition du procureur de la République, le huis-clos a été prononcé. Les débats continueront demain.

Le policier cambrioleur

La cour d'assises de la Seine a rendu son arrêt dans laquelle se trouvait mêlé le policier-cambrioleur Warzé. Celui-ci a été condamné à 7 ans de réclusion et 5 ans d'interdiction de séjour. ses co-inculpés ont été condamnés à des peines variant entre 5 ans de prison et 5 ans de travaux forcés.

L'affaire d'Oudjdaa

Le tribunal consulaire siégeant à Oudjdaa à acquitter Messieurs Destailleur, Lorgeau, Ben-Nacef et l'interprète Martineau. Il s'est déclaré incompétent dans l'affaire Pandori qui est renvoyé devant la cour d'Aix.

Le parti radical et Monsieur Doumer

Le bureau du comité exécutif du parti radical et radical-socialiste à désavouer la candidature de Monsieur Doumer à l'élection sénatoriale de la Corse. Il a désigné 2 parlementaires pour combattre Monsieur Doumer.

Un dirigeable allemand avarié

Le dirigeable militaire Parseval, qui se rendait de Bitterfeld à Berlin et qui atterrit au cours de route a dû être démonté par suite de nombreuses avaries.

L'Erreur Allemande

La Chambre a voté sans enthousiasme l'accord franco-allemand. Vote de résignation, signature donnée de mauvaise humeur, comme ferait un plaideur qui transige avec le regret de n'avoir pu aller jusqu'au bout du procès.

Ce n'est pas que « l'affaire » soit mauvaise, puisqu'affaire il y a. Mais ce n'est qu'une affaire, et il a fallu la conclure avec un voisin grincheux, sans même avoir la consolation de se dire qu'après tout c'est l'autre qui a été roulé.

Après comme avant l'accord, nos rapports avec l'Allemagne manqueront de confiance et de cordialité. Ceux qui avaient voulu voir dans le traité un signe de réconciliation prochaine ou tout au moins un symptôme de rapprochement, ceuc qui avaient annoncé cette bonne nouvelle au monde, Monsieur Caillaux bien que Vaillant, Sembat et Jaurès, ce sont également trompés, au moins pour quelques temps. Entre l'Allemagne et nous le grand malentendu n'est pas encore dissipé, ni près de lettres ; le fossé reste béant, et sur le pont conduit à jeter on ne passera guère…

Et pourtant, il était hors de doute que, du côté allemand, beaucoup de gens désiraient passionnément un rapprochement durable des 2 peuples et guettaient l'occasion. Les voilà tout déconfits. Soyez sûrs qu'ils ne comprennent rien à ce qui leur arrive : « Ces Français sont extraordinaires ! doivent-ils se dire aujourd'hui. Nous les installons au Maroc, et ils ne nous remercienr pas ? ». Eh ! non, et ce n'est pas à cause de ce que vous croyez. Vous nous avez fait payer notre « désintéressement » – oh ! l'ironie des mots !

De cela, sachez-le, les Français ne vous auraient pas tenu rigueur. Nous autres, en affaires, nous sommes un peu légers et nous oubliions facilement les « crasses » qu'on nous fait.

Mais ce que nous pardonnons moins, ce sont les gros mots et les gestes de menace. Vous cherchiez une occasion de nous plaire, et vous nous faites le coup d'Agadir ! Vous arrivez chez les gens pour proposer un arrangement, et vous entrez le chapeau sur la tête et la trique au poing. Mauvaise entrée, mauvaises manières. Vous aurez beaux ensuite vous découvrir et poser votre canne dans un coin. L'impression reste et vous passez pour un mufle.

Voilà l'erreur zllemande, l'erreur d'hier. Du débat sur le Maroc un rapprochement pouvait naître, qui eut grandement profité à la paix du monde, si les Allemands, qui ne voulaient pas se montrer généreux, avaient su au moins se montrer polis.

Je ne veux pas dire par là qu'ils auraient réussi du premier coup. Car le malentendu est plus profond et plus ancien. Il date de la dernière guerre.

Rassurez-vous : je ne vais pas demander aux Allemands de nous rendre l'Alsace-Lorraine. Ils ne le peuvent pas. Mon avis est que, si c'était à refaire, il nous demanderait autre chose ; mais ces faits et ils ne peuvent pas renoncer à leur conquête. Je ne veux pas davantage menacer l'Allemagne d'une guerre de revanche. J'aime trop mon pays pour lui souhaiter pareille épreuve.

Ce que je reproche aux Allemands, c'est d'abord l'abus de leur victoire, le mauvais goût déplorable qu'ils mettent à la rappeler toujours. Les Français qui vont en Allemagne ne peuvent pas faire dis pas dans n'importe quel village de l'empire sans se heurter à quelque monument « lomossal » élevé à la gloire du vainqueur. C'est généralement laid, et c'est toujours violent et brutal. Les peuples victorieux manquent de modestie et nous avons fait la même chose. Mais nous l'avons fait plus discrètement, sans provocation et sans haine. Les Allemands, eux, ont célébré leur victoire d'un jour avec plus d'éclat que les Romains ne l'auraient fait pour avoir conquis le monde. L'erreur des Allemands, c'est encore de n'avoir pas su donner plutôt, libéralement, largement, à leur conquête une place honorable dans l'empire. Ils ont mis 40 ans pour accorder à l'Alsace-Lorraine une Constitution – et quelle Constitution ! – 40 ans pendant lesquels ils ont usé envers les populations annexées des procédés les plus vexatoires de la tyrannie. Cela, la France, j'en suis sûr, ne l'auraient pas fait. Et elle ne peut pas l'oublier.

Si l'Allemagne avait su donner à l'Alsace-Lorraine, aussitôt sa conquête assurée, des libertés au moins égales à celles des États allemands, les provinces annexées, au lieu d'être une barrière, aurait pu devenir un trait d'union entre les 2 peuples.

L'orgueil prussien ne l'a pas permis. Il a voulu faire de l'Alsace-Lorraine une nouvelle Pologne. Erreur encore : les peuples modernes ne supportent plus la brutalité du vainqueur.

Tout est donc à recommencer, mais rien n'est perdu. La détente est encore possible entre la France et l'Allemagne : il ne manque à celle-ci, pour ce faire estimer de tous et se rendre supportable à tous, que de savoir parler moins au et d'apprendre à sourire…

Des élections générales vont avoir lieu dans quelques jours en Allemagne pour le renouvellement du Reichstag. On prévoit une victoire sans précédent du parti socialiste, qui doublerait le nombre de ses sièges.

C'est peut-être le premier acte d'une évolution du peuple allemand vers la liberté. Avec le peuple allemand, l'entente se fera un jour ou l'autre. Avec le Kaiser et sa diplomatie prussienne, elle sera plus difficile.

Alexandre Varenne

Échos

-p- . Un colonel regardait les soldats de son régiment tirer à la cible. Son attention était retenue surtout par les exploits de jeune homme extrêmement myope qui – un peu au hasard, autant que possible dans la direction de la cible. Tout à coup, le bouillant colonel bondit vers le soldat, furieux et menaçant.

– Est-ce ainsi qu'on tire ? Est-ce là tirer ? dit-il. Depuis que je suis militaire, je n'ai jamais vu un homme tirer aussi mal que vous. Donnez-moi votre fusil, je vais vous montrer comment on s'y prend… qu'est-ce qui m'a fichu un lascar comme ça ?

Le colonel prend le fusil du soldat, vise, fait feu… et la balle tombe à 30 pas devant lui. Il est un moment désappointé, mais il se ravise et s'écrie :

– Tenez, voilà comment vous tirez, est-ce que ce n'est pas honteux ?

Le colonel prend la position du tireur, vise et sa seconde balle tombe à peu près à l'endroit où s'était rendue la première.

Il regarde le fusil, le soldat et s'écrie furibond :

– Voilà comment tirent la plupart de vos camarades.

Une 3e fois, il remet Anjou, presque la détente et, cette fois, la balle frappe au centre de la cible.

Alors, radouci et triomphant, il remet son fusil aux troupiers en lui disant :

– Et voilà comment je tire, moi, saprelotte ; voilà comment il faut tirer.

Mot de la fin

Tu devrais te marier.

– J'ai horreur de l'esclavage.

– Il te faudrait, comme moi, une femme douce, aimante, excellente ménagère.

– C'est bon. J'attendrai que ta femme soit veuve.

À qui le tour !

Nos députés travaillent, qu'ils vont sûrement être fatigués et qu'il est temps qu'ils aillent en vacances se reposer.

Mais vous apercevez, vous, paysans, vous, ouvriers, de leur travail. A-t-on allégé vos impôts, a-t-on fait quelque chose pour remédier à la vie chère, un accroissement du prix des loyers.

Ah non. Mais cela ne fait rien, nos députés travaillent tout de même. Et vite !

Tenez, après la ratification de la cession du Congo, ils ont, en 5 sec, voté le privilège de la banque de France. Sans doute il y avait le Crédit industriel, commercial et agricole à organiser, la suppression de la double signature, il y avait assuré le contrôle des grandes banques pour que l'argent de la petite épargne n'aille pas soutenir l'industrie étrangère ! Mais, tout cela, on n'en reparlera plus tard.

Pour le moment, il faut – c'est l'intérêt national – permettre aux actionnaires de gagner de l'argent et on a renouvelé leurs privilèges. Et puis ça y est. Après on a voté en 5 sec la convention avec les Messageries Maritimes. l'État donnera à la puissante compagnie de transports 5 millions de subventions par an. Cela sortira de la poche des contribuables. Mais allez donc, c'est pas mon père. Non, je veux dire c'est pas Python qui paie. Alors, dans son, faisons danser la galette du peuple !

Et à qui le tour. Je parie qu'on va donner les mines de Meurthe-et-Moselle et d'Auvergne aux requins qui les réclament ! Et cela sans condition.

Je parie qu'on va renouveler les concessions des compagnies de chemins de fer.

Quant aux scandales de la Tunisie, quant aux scandales Métivier, quant aux scandales Destailleurs–Toutée, quant aux scandales de la N'goko-Sangha, on n'en reparlera une autre fois. Pour le moment on n'a pas le temps. Et puis il y a les élections sénatoriales.

On dit qu'il y a 120 députés candidats, qui préfèrent, après n'avoir rien fait à la Chambre, allez encore se reposer au Luxembourg. Cela permet de rester 9 ans, sans voir les électeurs et en touchant 15 000 Fr. Cela vaut la peine !

Mais de quoi te plains-tu, populo. Tu aimes à être tondu et tu détestes ceux qui te disent la vérité. Continue à engraisser les « bœufs gras ». Voilà le nouvel an. Pour toi, c'est une nouvelle année de travail, de souci, de tracas qui commence. Je n'ai qu'un vœu à te faire : prend conscience de toi-même et de ta force. Ce jour là, ton malheur cessera.

Jules Uhry

Sabotage

– Il ni a pas que les socialistes qui réprouvent les idées du sabotage considéré par certains comme le dernier mot du progrès.

Voici l'opinion de Monsieur Sorel, le Sorel de 1905, du théoricien du syndicalisme révolutionnaire, et aussi celle de Jean Grave, directeur du journal anarchiste « Les Temps Nouveaux ».

Écoutons d'abord Monsieur Sorel. L'extrait est tiré d'un numéro du Mouvement Socialiste (1-15 novembre 1905, page 277).

« Il faut regarder comme regrettables certains conseils que l'on a plus d'une fois donnés aux ouvriers en vue de gaspiller le travail. Le sabotage est un procédé de l'ancien régime, et il ne tend nullement à orienter les travailleurs dans la voie de l'émancipation. Il y a dans l'esprit populaire un grand nombre de survivances fâcheuses que la mission du socialisme et de faire disparaître ».

Et maintenant l'article de Jean Grave ( Les Temps Nouveaux, 25 décembre 1910)

Jean Grave

« Le sabotage est le procédé sournois du faible ou de l'esclave qui n'osant se rebeller donne un coup de pieds au chien de son maître.

Pour avoir le droit de discuter avec l'employeur, il ne faut pas se placer dans un état d'infériorité où il puise ou traité de voleur et de menteur.

Le sabotage répugne à la valeur technique de l'ouvrier. Et l'idéal ouvrier n'est pas de descendre à un niveau inférieur, mais de s'élever.

Le sabotage se fait le plus souvent au détriment du consommateur.

Du reste, il y a un facteur dans toutes les luttes dont il faut tenir compte, c'est l'opinion publique. Si on veut triompher, il faut l'avoir avec soi, non pas en la flattant dans ses erreurs, mais en démontrant qu'on a avec soi le bon travail ».

Des Souhaits… !

En cette fin d'année, ou capitalistes, gens d'affaires, gros employés calculent les dividendes que leur a produit la force de travail du prolétariat et où les producteurs font de la récapitulation de leurs dettes, qu'il nous soit permis de formuler quelques souhaits, puisqu'aussi bien la tradition veut que le jour de l'an soit un jour de prodigalités. Ah ! certes, l'année écoulée n'a pas apporté de grandes améliorations dans la vie du monde du travail. La crise de la vie chère est venue accroître encore la gêne dans laquelle se débat le prolétariat. Par contre, les Santa-Maria et autres accapareurs ont pu spéculer à leur aise et grossir leurs scandaleuses fortunes.

La déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen a subi divers assauts qui, naturellement se sont traduits par de nombreuses condamnations de penseurs, d'écrivains, d'artistes.

1911 a connu toutes les beautés de notre diplomatie dans cet incident marocain qui a failli déchaîner la plus effroyable des guerres. Il a aussi présidé la curée des peuples civilisés sur la Tripolitaine, la Perse, le Maroc. Il a connu encore les nombreux scandales suscités par le radicalisme, les spoliations, les exactions, les constitutions de nos forbans coloniaux. 1911 sera présidé aux conventions des Messageries maritimes par lesquels l'État offre aux compagnies de navigation sous coquette somme d'un demi milliard. 1911 auras….

Que 1912 soient au moins un peu plus propre. Serait-ce trop souhaité que les requins du Parlement et d'ailleurs mettent un frein à leur incommensurable appétit. Que les Marocains soient traités avec plus d'urbanité, de délicatesse que ne l'ont été les Tunisiens, les Malgaches. Que des Chailley-Bert, des *. Hanotaux, des Étienne ne posent pas leurs mains tentaculaires sur ce malheureux pays.

Serait-ce trop souhaiter : que les radicaux comprennent enfin que leurs agissements conduisent la République à sa perte et qu'un gouvernement qui se dit démocratique ne peut pas gouverner sans le peuple.

Serait-ce trop souhaiter : que les membres de la majorité au Parlement ne recommencent pas leurs concerts de fauves quand un homme comme Jaurès leur met les points sur les I et qu'il s'efforce de leur faire comprendre que leur cerveau d'arrondissementiers ne peuvent s'assimiler ; que la « nationalité » aiguë de nos bons radicaux, de nos purs patriotes (quand ils ne font pas partie du conseil d'administration d'une société étrangère) demeure à l'état endémique et ne vienne pas contaminés la partie la plus saine du pays.

Serait-ce trop souhaiter que Lépine acquiert enfin la notion du ridicule. N'est-il pas candidat (maintenant que blackboulé à Saint-Étienne) à l'*. Académie des Sciences morales et politiques ?

Et serait-ce trop souhaiter que tout ce que le pays compte de généreux actuelle se soulève indignée pour arracher par une protestation éclatante des geôles radicales, le probe, le désintéressé, le martyr Gustave Hervé ?

Les intellectuels menèrent le bon combat pour arracher de l'île du diable le capitaine juif et millionnaire Dreyfus, vont-ils rester longtemps encore indifférent au sort qui est fait un des leurs coupable de dénoncer toutes les tares de notre régime. En restant muets, Messieurs les Dreyfusards, que vous le vouliez ou non, vous êtes les complices de cette iniquité.

Serait-ce trop souhaité que les fractions militantes du prolétariat comprennent enfin que notre cause n'a rien à gagner de nos luttes intestines, et qu'il faut au contraire beaucoup de cordialité, de loyauté et de camaraderie dans les rapports entre militants de tendances divergentes. Si le prolétariat organisé veut manœuvrer utilement, il faut qu'il oppose aux forces adverses, un bloc compact, homogène, et pour qu'il puisse l'opposer, il faut que personne ne cherche à l'émietter.

Serait-ce trop souhaiter que la masse résignée, indolente et veule comprenne enfin ses droits et ses devoirs de classe. Que le voile qui couvre les yeux de tant d'inconscients tombe et laisse entrevoir au moins quelques instants tout ce que pourrait la classe ouvrière, si elle savait vouloir.

Serait-ce trop souhaité que les travailleurs délaissant la peinture littéraire des « Zigomar » et des « Ballaô » pour des lectures plus saines, plus susceptible de développer l'intellect des cerveaux paresseux. Et dans notre région, serait-il trop souhaiter que la classe ouvrière apprenne qu'elle a un journal qui, dans toutes circonstances, se range du côté des travailleurs, et qui, n'émargeant pas aux fonds secrets, ne vit et ne se développe que par le produit de sa vente ; qu'en conséquence les travailleurs doivent lire l'« Ami du Peuple » et le faire connaître autour d'eux…

Allons, travailleurs, à l'œuvre pour le triomphe socialisme international !

L. Maillot

PS. – J'apprends à l'instant que la « Bataille de Tunis », journal fondé à Tunis par notre ami Vigné d'Octon, est poursuivi pour avoir dénoncé les abus des squales quotidiens. Chaque semaine, en effet, notre confrère étale au grand jour, quelques-unes des spoliations dont sont victimes les indigènes

Et c'est Lecore-Carpentier, directeur de la « Dépêche Tunisienne » et membre de la conférence consultative des affaires de Tunisie qui a le front de poursuivre ce vaillant organe.

Voici pour les lecteurs de l' « Ami du Peuple » quelques renseignements qui montreront péremptoirement pourquoi l'action de la « Bataille de Tunis » blesse le protégé d’Étienne-le-marocain de la Cie des Omnibus :

« La Dépêche Tunisienne , représentée par Lecore-Carpentier, a obtenu, peu de temps après la signature du traité du Bardo en 1881, plusieurs milliers d'hectares de bonnes terres en Tunisie. Puis après au fur et à mesure que se développait son influence, elle accaparera les phosphatières de Kalaa-Djerda, les plus riches après celle de Gafsa. Elle fonde dans la presqu'île du cap Bon une véritable principauté ; s'empare de toutes les bonnes terres aux environs des sources minérales de Korbous et fait construire, par l'État, en vue de leur exploitation, une route dont le coût s'élève à 1 200 000 Fr.

On comprend, après cette énumération, la colère de Lecore-Carpentier. Le bât blesse.

L. M.

Au Creusot

Les comptes-rendus financiers qui paraissent de temps à autre, dans les revues, sur la gestion du Creusot, sont très restreints. Monsieur Schneider n'aime pas livrer au public le secret de ces opérations. Voici ce que dit un journal financier à ce sujet :

« Très parcimonieuse de renseignements, la Société du Creusot ne publie que des données financières et industrielles succinctes » .

Le Creusot possède en propriété propre :

1°. Le Creusot (18 000 ouvriers), où se fabriquent les locomotives, les grands arbres de navires les pièces forgées de grandes dimensions, les blindages, les corps d'obus, etc.

2°. Les ateliers et chantiers de Chalon-sur-Saône, où se font les ponts, les charpentes en fer, le matériel naval à faible tirant d'eau : torpilleurs, dragues, remorqueurs, etc.…

3°. Les ateliers de Champagne-sur-Seine qui produisent le matériel électrique.

4°. Les ateliers d'artillerie du Havre (artillerie).

De plus, le Creusot a obtenu la concession de Droitaumont, en Meurthe-et-Moselle (1170 ha). Il a une participation de 1/3 dans les usines de Wendel, à Joeuf.

Les bénéfices nets ont été de 6 782 000 Fr. au dernier exercice. Mais, ajoute la note du journal financier où nous prenons ces renseignements, « en réalité les bénéfices nets représentent plutôt des bénéfices distribuables, car ils sont obtenus après de très grosses amortissements dont le montant varie au gré de la direction ».

Ainsi donc voilà qui est clair : la société Schneider et Cie n'avoue ni ses bénéfices qu'elle dissimule, ni le nombre des affaires auxquelles elle participe. C'est le cas de bon nombre de sociétés anonymes qui n'aiment pas qu'on voit clair dans leurs affaires.

Faits et Documents

Dépopulation

L'arrondissement de Gannat, riche et fertile, uniquement rural, a perdu depuis 1861 10 000 habitants sur 67 000. Les foires et marchés n'y sont plus que l'ombre de ce qu'ils étaient autrefois : le commerce une baisse parallèle, les petites industries disparaissent les moulins le long de la Bouble ou de la Sioule ne tournent plus, les fours à chaux et les tuileries sont abandonnés, les tisserands et les scieurs de long ont disparu.

Ces faits sont établis dans une intéressante monographie publiée dans les « Cahiers du Centre », par Monsieur Viple, substitut du procureur de la République, à Moulins.

Naturellement les journaux bourgeois qui les relatent ne peuvent que gémir sur les conséquences fâcheuses de l'abandon la terre, en cette région comme dans toutes les autres de France.

Pour nous, socialistes, les faits n'ont rien de nouveau ni d'étonnant. Ils sont la conséquence du développement même du capitalisme et de la concentration des capitaux. Ils ne feront que s'accentuer de plus en plus, et bien aveugle ceux qui ne voient pas dans le socialisme l'unique aboutissant de cette concentration capitaliste générale qui ruine le petit commerce et dépeuple les campagnes.

Les espaces libres à Paris

Les grandes villes sous l'influence du capitalisme se développent chaque jour davantage ; le moindre espace libre devient de plus en plus l'objet de la spéculation. En vue du profit, on construit un peu partout limitant ainsi la part du soleil, d'air pur, d'activité indépendante de l'ouvrier qui habite les quartiers populeux. Par cette réduction systématique de la vie normale et saine de l'individu, on encourage dans les cités gigantesques modernes la vulgarisation des maladies contagieuses. Bientôt elles deviendront des foyers inhabituels pour les familles des pauvres ; déjà les logements exigus ou le pêle-mêle et de rigueur, offraient d'assez graves inconvénients, si, les espaces libres à leur tour sont supprimés on se demande comment vivront les millions de prolétaires entassés les uns sur les autres ? La question qui se pose est assez angoissante.

Ainsi donc, dans 12 arrondissements sur 20, l'habitant n'a pas 1 m² pour circuler à l'air libre et la moyenne de Paris et seulement de 0,84.

Dans le 2e, la surface par habitant est de 50 cm², de 60 dans le 5e, de 40 dans le 10e, de 70 dans le 11e, de 50 dans le 13e. Or, la mortalité correspond, dans une certaine mesure à la surface libre par habitant.

Elle est de 10 pour 1000 dans les 8 arrondissements où chaque habitant disposent de 2,21 m pour se promener et aller de 34,5 par 1000 dans le 13e où chaque habitant n'a que 30 cm à sa disposition.

On est effrayé lorsque l'on songe à la vie que doivent mener dans de pareilles conditions les ouvriers parisiens. Si, vous ajoutez à ce manque de lumière, d'air et d'espace, le surmenage dans les chantiers, vous aurez tout de suite une idée exacte de la situation faite aux parias du capital dans la Ville-Lumière.

Sur le chapitre des espaces libres, les étrangers nous donnent des leçons pratiques qui ne nous servent à rien du reste. Londres possède 1168 ha de jardins, Berlin, 411, Paris, 214 seulement.

L'ouvrier des grandes cités paie donc de sa santé et de sa vie même les bénéfices que trouveront dans la mise en rapport des grands immeubles, les propriétaires enmillionnés. Plus de verdure, plus de chansons joyeuses, plus de repos possible à l'intérieur de la ville pour le pauvre diable harassé, le capitalisme exige partout que de vastes casernes s'édifient en vue de lui permettre avec l'argent de leurs loyers d'aller sur les plages réputées humer l'air du large, si bienfaisant pour ses poumons débiles.

Tout récemment encore, on a détruit les cours et les jardins de l'Abbaye-aux-Bois, 5156 m² ; ceux du couvent des Oiseaux, 10 326,80, et le parc du Sacré-Cœur, qui a 46 000 m² est menacée.

Abbaye-aux-Bois
couvent des oiseaux

Ah ! combien de vent de pareilles perspectives sont heureux les paysans aux travaux paisibles. Sans doute, ils sont eux aussi, les victimes d'un sort implacable voulu par notre vieille société bourgeoise ; mais en dehors de leurs misères, combien aussi ils trouvent de sérieuses compensations dans le concours des éléments naturels qui les entourent et qui coalisent pour embellir et prolonger leur existence.

Malheureusement, la faim les tenailles, l'air des campagnes si pures et si riches à la fois attise l'appétit dans leur estomac vide et ils partent vers les villes tentaculaires pour y prolonger non seulement la fin maudite qui les aura chassés du terroir, mais encore pour y perdre la vieille gaieté des ancêtres y gagnés en échange le droit de circuler dans un espace de 50 cm. La compensation est plutôt médiocre.

Le pétrole

La grève des chauffeurs de taxi-autos parisiens remet à l'ordre du jour la question du pétrole.

Chacun sait aujourd'hui que l'accaparement du pétrole du monde entier est chose faite.

Il y a 4 sources essentielles de pétrole au monde : les États-Unis, la Russie la Roumanie, la Gallicie.

Le pétrole des États-Unis, qui est de beaucoup le plus important, et tout entier dans la main date reste dirigé par Rockfeller.

John_D._Rockefeller

Rockfeller ne se contente pas de vendre de l'huile minérale à l'Amérique, il en vend aussi à l'Europe.

En Europe, c'est en Russie, dans la presqu'île d'Apcheron, sur les bords de la Caspienne, autour de Bakou, que se trouvent les plus grands gisements de pétrole. Les maisons allemandes, russe, française qui les possèdent (ainsi qu'elles possèdent les gisements de Roumanie et de Gallicie) ont formé entre elles une entente en 1906 elle s'appelle « L'union Européenne du pétrole ».

Une lutte, une concurrence était possible entre Rockfeller à la tête de la Standard Oil et l' Union Européenne du Pétrole. Les capitalistes ont compris qu'ils se seraient mutuellement fait tort, et ils ont préféré s'entendre pour se partager le marché de l'Europe. C'est aujourd'hui une affaire réglée. L'entente internationale s'est opérée.

Voici maintenant que va s'ouvrir l'immense débouché asiatique. Toute l'Asie, le Japon, la Chine, une fois rentrée dans le mouvement industriel, vont être des consommateurs énormes.

Là encore, l'entente se prépare entre les grandes firmes mondiales. Il n'y a pas d'exemple plus décisif du caractère international de la production et de l'échange. Il n'y a pas d'exemple plus typique de l'exploitation du monde entier par le capitalisme concentré.

Mines et mineurs en Espagne

Le nombre des ouvriers employés dans les mines espagnoles s'élève cd 147 783.

Le nombre des concessions productives (travaux d'extraction) suivant les données de la statistique mentionnée, et de 1854 ; leur superficie s'élève à 250 117 ha 23 ares et 96 centiares, avec une production (valeur à pied de mine) de 202 336 744 pesetas.

La durée de la journée de travail varie entre 8 et 9 heures. À Huelva, dans l'extraction du minerai de cuivre, on travaille 7h30 seulement.

La législation minière, en Espagne, a été considérablement amélioré depuis la fameuse grève générale dans la région de Biscaye, dont le centre d'action était Bilbao. Le nombre des grévistes fut de 28 000 dont 16 000 mineurs et 12 000 appartenant à d'autres métiers. Les revendications des ouvriers portaient sur les points suivants :

1°. Journée de 9 heures en tout temps ;

2°. Augmentation de 50 % pour le travail extraordinaire ;

3°. Suppression des corvées ;

4°. Reconnaissance de la part des patrons, des associations ouvrières légitimement constituées.

Grève à Bilbao

Ayant abandonné, sur les instances d'une commission composée en partie des leurs, la plupart de leur communication, les grévistes obtinrent des compagnies une revendication essentielle, l'établissement, dans les travaux souterrains, de la journée de 9 heures. C'était un progrès très appréciable. Depuis, d'autres améliorations ont été introduites dans les conventions grâce à l'intervention gouvernementale, mais surtout, il faut bien le dire, à l'énergie, dans l'action, de ses populations ouvrières si profondément socialiste.

La Semaine parlementaire

Le socialisme à la Chambre

Jeudi 21 décembre

Dans la séance du matin, la Chambre termine les discussions sur les améliorations à apporter à la loi sur les retraites ouvrières.

Émile Basly présente un amendement soutenu aussi par *. Bouveri et qui demande pour les ouvriers mineurs titulaires d'une pension de retraite le bénéfice des allocations qui résultent des améliorations proposées générales des retraites ouvrières.

Le ministre du Travail s'engage à présenter un projet qui fera concorder la loi générale des retraites.

Un amendement de Groussier relatif aux assurés de la période transitoire est renvoyé à la commission.

Il en est de même pour 2 amendements de Brizon concernant les fermiers et métayers, qui devraient être considéré comme salarié, et un autre amendement de Mauger en faveur des petits cultivateurs qu'il ne faudrait pas exclure de la loi par ce qu'ils occupent plus d'un ouvrier.

Voilin développe un amendement intéressant, aux termes duquel les pensions alimentaires servies par les enfants à l'assuré devront être considérées comme des ressources provenant de l'épargne, le droit de l'assuré à la location de l'État restant entier.

Toutes ces propositions sont renvoyées à la commission pour étude.

Il en est de même d'une proposition de Betoulle demandant que toutes les ressources mutualistes n'entre pas en compte pour le calcul de la location.

Enfin Brizon proteste contre la lacune du projet gouvernemental, au sujet de la location d'assistance qui, conformément à l'ordre du jour Dalimier, devait être transformé en une allocation annuelle de 100 Fr. Sur ce point, la volonté de la Chambre n'a pas été exécutée.

L'incorporation à la loi de finances est ensuite votée par 533 voix contre 1.

Dans la même séance de l'après-midi, on discute le privilège de la banque de France.

On entend Monsieur Ajam en faveur de ladite Banque et Monsieur Viviani qui gardant encore un peu de ses opinions d'antan, nous dit des choses fort justes mais plus avec la langue de jadis.

Vendredi 22 décembre

Dans la séance du matin, on a continué la discussion de la loi de finances.

Signalons la proposition de Monsieur Justin Godart, appuyé par Compère-Morel et Mauger, qui fait exempter de l'augmentation de la patente, pendant 5 années, les patrons boulangers qui introduiront dans leur fournil le pétrin mécanique.

Signalons aussi l'amendement de Betoulle demandant l'établissement d'une taxe annuelle sur les propriétaires ou locataires de chasses gardées.

L'amendement est repoussé.

Notre camarade Thomas à propos du fameux privilège de la Banque de France qui prend fin le 31 décembre a demandé que l'État se saisisse de la Banque. À la place de l'institution actuelle dont le vice essentiel est de faire servir le crédit de la France à la fortune particulière de quelques privilégiés, Thomas demande que se soit la nation elle-même qui gère et administre la Banque.

Cette nationalisation de la Banque de France était jadis un des articles du programme radical. Tout a été dit par eux contre le fonctionnement actuel de cet organisme. Albert Thomas n'a pas rappelé tous les arguments pour ainsi dire classiques contre l'exorbitant privilège qu'il combattait. Il a voulu seulement insister sur un point de la plus haute importance.

Le lien est étroit entre la Banque de France et les grands établissements de crédit. Ces établissements, le fait es est repoussé t connu depuis longtemps, font tout leur effort pour engager l'épargne française dans des emprunts étrangers souvent véreux. Ces opérations sont favorisées par la Banque actuelle ; or, comme tout le monde critique les procédés de la grande finance représentée par les établissements de crédit il y a intérêt à augmenter le contrôle de la nation sur leurs faits et gestes. C'est la raison nouvelle pour laquelle Albert Thomas demanda la Chambre de faire cesser le 31 décembre 1912 le privilège accordé à la Banque de France les 24 Germinal (an XI).

Lors de la même discussion, Bedouce demande qu'il y est moins de disproportion entre les salaires du petit personnel de la Banque et ceux des gros fonctionnaires.

Sembat demande que le dividende annuel des actions ne puisse dépasser 15 % du capital primitif et que pour le reste des bénéfices, ils soient donnés au trésor public.

La proposition de Sembat est repoussée et l'ensemble du projet adopté.

Samedi 23 décembre

Dans sa séance du matin, la Chambre a poursuivi les discussions de la loi de finances.

L'après-midi, elle s'occupe de la remarquer qu'une des modifications proposées consiste à autoriser la banque.org/wiki/Banque_de_l%27Alg%C3%A9rie Banque de l'Algérie et des Messageries maritimes.

Dans le débat relatif à cette Banque, Monsieur Charles Dumont fait remarquer qu'une des modifications proposées consiste à autoriser la Banque à créer des succursales.

En réalité, dit-il, c'est le Maroc qui est visé. C'est au Maroc que les succursales seront installées.

Jaurès demande la suppression de l'article 3 relatif à ses succursales.

On passe à la convention relative aux Messageries maritimes.

Albert Thomas demande l'ajournement de la discussion. Il est impossible, dit-il, de voter ainsi en quelques heures un projet qui engage l'État pour 25 ans et pour 500 millions. Attendons la session de janvier !

Bouisson fait remarquer que la convention comporte des clauses favorables aux ouvriers. Il n'approuve pas l'ajournement.

Jaurès constate que la convention est onéreuse pour l'État.

Jaurès. – C'est une chose vraiment cruelle que nous soyons placés nécessairement dans l'alternative ou bien d'imposer la prolongation de leur souffrance aux ouvriers ou bien de consentir à des conditions onéreuses pour la nation est lourde pour l'avenir. (Applaudissements).

Jaurès ajoute qu'il proteste contre les conditions dans lesquelles la Chambre est saisie de la question. « C'est la carte forcée », dit-il.

La motion d'ajournement est repoussée par 497 voix contre 77.

Mardi 26 décembre

La Vhambre, en sa séance du matin, à, par 438 voix contre 96, voté objet de loi portant approbation des conventions passées avec la compagnie des Messageries maritimes.

À l'exception de notre camarade Albert Thomas, tous les orateurs qui ont pris part à la discussion ont conclu faveur du projet ; la plupart d'entre eux il est vrai, l'on fait sans enthousiasme, tout simplement par désir d'en finir. Ainsi se règlent les affaires.

Albert Thomas fit une triple démonstration : que la nouvelle convention accroît de 5 millions les subventions des contribuables aux ¨Messageries maritimes ; que cette subvention consolide la situation des obligations anciennement émises ; que les cas où la convention pourra être révisée sont plus nombreux qu'il ne faudrait.

Albert Thomas a demandé à la chambre d'organiser plus étroitement la représentation, au conseil d'administration de la Compagnie, des intérêts de l'État, du commerce marseillais et du personnel ouvrier. La chambre refusa de suivre Albert Thomas sur ce terrain trop peu capitaliste et vota sans modification le projet qu'on lui apportait.

Régional

Puy-de-Dôme

Votes de nos députés

-o- . Scrutin sur le contre-projet du citoyen Albert Thomas (projet de loi relatif à la convention avec la banque de France).

La Chambre a repoussé ce contre-projet par 433 voix contre 89.

  • . Puy-de-Dôme. – Le citoyen 'Claussat a voté pour. Les autres députés ont voté contre.
  • . Allier. – Les citoyens Brizon, Charles Dumas, Mille et Thivrier ont voté pour. Les autres ont voté contre.
  • . Cantal. – Tous les députés ont voté contre, sauf Monsieur Fernand-Brun qui est absentpar congé.
  • . Haute-Loire. – Tous les députés ont voté contre.

-o- . Scrutin sur l'ensemble du projet de loi concernant la Banque de l'Algérie, projet adopté par 436 voix contre 80

  • . Puy-de-Dôme'. – Messieurs Clémentel, Antoine Fabre, Maison, Python ont voté pour. Le citoyen Claussat à voté contre. Messieurs Chassaing et Martou se sont abstenus.
  • . Allier. – Messieurs Lamoureux et Paturel ont voté pour. – Les autres députés ont voté contre.
  • . Cantal. – Tous les députés ont voté pour, sauf Monsieur Fernand-Brun absent par congé.
  • . Haute-Loire. – Tous les députés ont voté pour. –

-o- . Scrutin sur la motion d'ajournement du citoyen Albert Thomas (Projet de loi relatif aux Messageries maritimes).

La Chambre a repoussé cette notion par 451 voix contre 69

  • . Puy-de-Dôme. – Le citoyen Claussat a voté pour. Les autres députés ont voté contre.
  • . Allier. – Messieurs Lamouroux et Paturel ont voté contre. Les autres députés ont voté pour.
  • . Cantal. – Tous les députés ont voté contresauf Monsieur Fernand-Brun, absent par congé.
  • . Haute-Loire. – Tous les députés ont voté contre.

Évidemment, évidemment ! Quand il s'agit de questions de peu d'importance, on peut encore trouver des radicaux à la Chassaing ou à la Marrou Texte en grasavec les socialistes ; mais quand il s'agit de défendre les intérêts des financiers de la Banque de France ou des brasseurs d'affaires des Compagnies maritimes, oh ! alors les députés radicaux, du plus pâle au plus rouge, marchent comme un seul homme. Ils n'ont ni temps ni argent pour les paysans, pour les ouvriers et, en 2 séances, ils donnent des millions de primes aux gros armateurs capitalistes.

Et vive la République démocratique et sociale ! crieront ils ensuite.

Pour les élections municipales

La révision des listes électorales

Elle revêt, cette année, une importance beaucoup plus grande que les années précédentes.

C'est, en effet, d'après des listes électorales révisées cette année que se feront les élections municipales de mai prochain.

Nous ne saurions trop attirer l'attention des travailleurs, sur la nécessité qu'il y a pour eux de se faire inscrire et de faire inscrire leurs amis et connaissances.

Mais, c'est surtout aux travailleurs de Clermont-Ferrand que nous nous adressons. Beaucoup d'entre eux, en effet, reste inscrit dans leur commune d'origine, négligeant de se faire inscrire clairement et, par suite, ne peuvent pas prendre part au vote dans notre ville.

Ils ont pourtant un intérêt primordial à voté à Clermont-Ferrand car ce n'est pas à Aulnat, à Mezel, à Plauzat, à Issoire ou ailleurs qu'ils mangent et qu'ils sont logés. C'est à Clermont.

Or, si tous les ouvriers habitant Clermont votaient ici, cela changerait certainement les résultats du scrutin, qui pourrait être plus favorable aux candidats décidés à faire quelque chose au point de vu municipal en faveur de la classe ouvrière, soit au sujet du pain cher, qui n'a été si cher que parce que la municipalité l'a bien voulu, soit au sujet de la vie chère, à l'occasion de laquelle la municipalité se moque des ouvriers et des employés. Voici 2 ans déjà que la classe ouvrière proteste en pure perte.

Les réunions ont succédé aux réunions, les délégations aux délégations, sans que rien n'ait pu être obtenu. On s'est toujours heurté à la mauvaise volonté de la municipalité et au complet désintéressement du conseil municipal pour ces questions de premiers intérêts pour la classe laborieuse de notre cité.

Il n'en serait pas ainsi si tous les ouvriers ou employés clermontois étaient inscrits sur les listes électorales et votaient à Clermont.

Qu'ils réfléchissent à cela une bonne fois et que, dès maintenant, ils aillent se faire inscrire et prennent la résolution de voté ici aux prochaines élections.

En tout cas, nous faisons appel à nos amis, pour qu'ils incitent tous les camarades qu'ils connaissent agir ainsi et au plus tôt.

Clermont

Conseil municipal de Clermont

Séance du mercredi 27 décembre

La séance est ouverte à 8h45, sous la présidence de Monsieur Fabre, maire.

Sont présents : Messieurs Nivat, adjoint ; Clémentel, Bergougnan, Docteur Vigenaud,










30 Décembre 1911 31 Décembre 1911 1er Janvier 1912